Swämi Vivekânanda
Nous nous sommes très largement inspirés de l'ouvrage de Jean Herbert intitulé « Les yogas pratiques » paru dans la collection « Spiritualités vivantes » chez Albin Michel, pour apporter des réponses concises aux questions que se pose toute personne commençant la pratique du yoga. Vous remarquerez que, bien qu'étant extraits des comptes-rendus de conférences données par Swâmi Vivekânanda en 1895, à New York, ses propos sont d'une étonnante intemporalité.
Qu'est-ce que le yoga ? Swâmi Vivekananda nous enseigne qu'il existe plusieurs systèmes de yoga, mais qu'ils ne diffèrent entre eux que par leur point de départ. Leur essence et leur but sont les mêmes. Quels sont les principaux yoga ? Le karma yoga ou yoga de l'action, le bhakti yoga ou yoga de la dévotion, le jnana yoga ou yoga de la connaissance et le raja yoga ou yoga de la concentration intérieure. Le hatha yoga lui aussi conduit au même but, mais, en tant que tel, il est peu évoqué par Swâmi Vivekananda. Lorsqu'il parle du raja yoga, il décrit un système en huit étapes dont les asanas (postures) et le pranayama (souffle). Il précise que « la partie essentielle de l'activité a pour siège la colonne vertébrale, si bien que la seule chose nécessaire pour la position adoptée (en vue de la méditation) est que la colonne vertébrale soit libre, droite, et que la poitrine, le cou et la tête soient en ligne droite dans le prolongement l'un de l'autre ». Dans le hatha yoga, on prend pour principal objet de discipline le corps Physique afin d'agir, par son intermédiaire, sur le corps subtil avec lequel il est étroitement lié. Pour Swâmi Vivekânanda, le résultat du hatha yoga est de faire vivre vieux et en bonne santé. Le hatha yoga est aussi une auto éducation qui permet l'épanouissement naturel de la vie en nous. Une pratique consciente des asanas permet un réel développement individuel. Ainsi, en pratiquant le yoga, l'adepte éprouve une détente complète et un véritable bien-être. Qui peut pratiquer le yoga ? Tous, hommes, femmes, enfants, jeunes ou âgés, nous pouvons pratiquer le yoga. En pratiquant, on va à la rencontre de soi-même. L'intensité de la pratique varie, mais le but à atteindre est le même. Le plus important est de pratiquer. Car comme le dit Swâmi Vivekânanda : « vous pouvez m'écouter attentivement pendant des heures chaque jour, mais, à moins de pratiquer, vous n'avancerez pas d'un pouce. Certaines choses ne peuvent se comprendre sans en avoir fait l'expérience ; il nous faut les voir et les sentir par nous-même ». Le hatha yoga permet de conserver un corps en bonne santé. Nous devons donc veillez à la façon dont nous vivons, à ce que nous mangeons, à ce que nous buvons et à ce que nous faisons. Sachez que la pratique transforme l'adepte ; il est alors d'une humeur joyeuse ; il éprouve une paix mentale et physique et maîtrise ses émotions, sans violence et sans mortification. Comment pratiquer le yoga ?
Swâmi Vivekânanda précise qu'« à très peu d'exceptions près, on ne peut apprendre le yoga sans danger que sous la direction d'un maître compétent ». Il recommande aussi une hygiène de vie qui respecte les règles élémentaires comme la propreté, une alimentation saine, équilibrée et sans excès, un sommeil régulier, pour bénéficier des bienfaits de la pratique du yoga.
L'attitude mentale est également importante ; elle doit être calme et positive. Pourquoi parle-t-on immanquablement de l'Inde quand on s'intéresse au yoga ?
Le yoga est né en Inde dans un passé qui se perd dans la nuit des temps. De nombreux sages (rishis) ont étudié les secrets de l'âme humaine. Ils ont cherché à découvrir ce qu'est l'homme et quel est son destin sur terre ; il y ont même consacré leur vie ; dirigeant leur recherche sur la question «qui suis je ». Ils ont compris la vie et ont su que l'être humain pouvait atteindre un état qui le libérerait de la souffrance. C'est pourquoi, quand nous nous intéressons au yoga, nous revenons à ses racines, à l'héritage culturel indien qui appartient au patrimoine mondial de l'humanité. Même s'il est par nature universel, c'est en Inde que le yoga est né, qu'il s'est développé et qu'il est encore aujourd'hui respecté et enseigné comme un système qui place l'être humain au cœur de tout. En cela, l'Inde d'aujourd'hui, puissance économique en pleine évolution, nous rappelle qu'elle est aussi le berceau de la connaissance de soi. Swâmi vivekânanda (1863-1904), rencontre son guru à 17 ans. En 1893, il se rend à Chicago et prend la parole devant le parlement des religions où il fait une forte impression. Dès lors, il tient des conférences et fait le tour du monde pour diffuser l’enseignement de son maître.
Yama et Nyama
tout adepte de yoga ne doit pas oublier que le yoga n'est pas que la posture, car il se compose de huit étapes (ashtanga yoga). Pour qui! y ait un réel progrès dans le yoga, les cinq premières étapes doivent être intégrées à la vie quotidienne. En particulier, les deux premières, yama (les abstentions) et niyama (les observances), sont la fondation même du yoga, car elles structurent et harmonisent : harmonie de la personnalité et harmonie avec la Loi universelle (dharma), Ce dernier point est essentiel : selon la tradition de l'Inde, un non-respect du Dharma crée des entraves dans notre vie. Les obstacles rencontrés aujourd'hui sont les effets des atteintes au Dharma commises dans le passé. Patanjali décrit 5 yama et 5 niyama, qui, comme des vœux, doivent être scrupuleusement respectés.
Yama
Ahimsa interdit de tuer ou de blesser quiconque, et même de heurter un autre être par la pensée, la parole et l'action. C'est un vœu subtil et profond. En effet, comme le dit le sage Vyâsa, il est impossible de vivre et d'agir en ce monde sans une certaine violence. Le chirurgien ouvre le corps du patient, mais c'est pour le guérir. Les parents doivent parfois parler sévèrement à leurs enfants, mais c'est pour leur bien. Donc, ce qui importe c e;t I intention, c'est a dire une bienveillance pour tous. La pratique d'ahimsa s'appuie sur l'intégrité.
Satya est le respect de la vérité, à savoir une harmonie entre la pensée, la parole et l'action. Cette cohérence structure la personnalité, alors qu'un écart entre ce que l'on pense et ce que l'on dit la divise. Elle développe aussi la force intérieure, la force de conviction. Cependant, satya doit respecter ahimsa : si l'on n'est pas capable de dire la vérité à quelqu'un sans lui nuire ou le blesser, il vaut mieux s'abstenir, dit le Râmâyana.
Asteya préconise de ne pas voler, de ne s'approprier ce qui appartient à autrui, sachant que de tous temps, l'appropriation du bien d'autrui est la cause majeure de la violence entre individus ou peuples. Cela peut être des biens matériels, mais aussi une idée, de la connaissance. C'est la convoitise, l'attachement qui amènent à voler. Ces tendances doivent être réfrénées, et leur causes doivent être mises en lumière pour qu'elles puissent être éliminées.
Brahmâcârya est généralement compris comme le célibat, et en ce sens, dans la tradition de l'Inde, il est recommandé aux moines, à ceux qui ne sont pas encore mariés, et à ceux qui approchent de la retraite. Au sens large, il s'agit d'une maîtrise des sens, une discipline intelligente selon le principe de la modération, pour éviter l'excès à tous les niveaux (nourriture, parole, sexualité, écouter la radio ou la télévision, etc.).
Aparigraha recommande de ne pas accumuler, de ne pas avoir de convoitise pour les objets des sens, cette convoitise amenant un jour ou l'autre à nuire à autrui. Pour s'en libérer, il faut comprendre nos attachements et réaliser la vanité de cette accumulation. Seulement alors est-il possible de vivre et de ne posséder que ce qui est nécessaire. Ce désir d'accumulation peut aussi prendre comme objet les honneurs, les émotions, la connaissance...
Niyama
Shaucha est la pureté, externe et interne. Manu dit que le corps est purifié par l'eau, le mental par la vérité et l'intellect par la discrimination. Le bain, les nettoyages (neti, dhauti... ), mais aussi la nourriture maintiennent la pureté du corps. Au niveau mental, la bienveillance, le respect des valeurs de vie, créent la paix, donc la pureté, dans l'esprit.
Santosha est le contentement : ne pas désirer plus que ce qui a été obtenu par notre effort, ne pas être déçu si l'on obtient moins qu'espéré. En général, en pareil cas, on blâme quelqu'un : le patron, la société, les autres... Cette réaction est une source de grande agitation. Le contentement, au contraire, crée une grande joie intérieure : il naît quand on se libère de la convoitise et de l'avarice.
Tapa est traduit par austérité, et peut être pratiqué au niveau mental, verbal et physique. Il est la capacité de discipliner i esprit, de refréner ses vagabondages, ses projections. Il prescrit de ne prononcer que des paroles utiles, nécessaires, qui ne blessent pas autrui. Au niveau physique, il est l'endurance, la faculté d'accepter les aléas avec patience quand ils viennent : le froid, la chaleur, le manque de confort, la faim, une nourriture différente...
Svadhyâya est l'étude personnelle, ce qui peut être compris de 2 façons : une étude des Textes et une étude de soi-même. L'étude des Textes est considérée comme essentielle pour la réalisation de la vérité. Elle comprend une lecture régulière et la réflexion sur ce qui a été lu. Quant à l'étude de soi, ou introspection, elle doit accompagner l'adepte tout au long de son évolution, car c'est uniquement en prenant conscience de ses attachements et de ses entraves intérieures qu'il s'en libérera. Alors, les yama et les niyama deviendront sa nature même.
Ishvara pranidhâna, en essence, est une connexion au Divin, un sens de Sa présence. Cet amour se traduit ensuite par une consécration, une offrande de toutes les actions et de leurs fruits, un abandon à Sa volonté. Quand cette dévotion éclôt spontanément dans le cœur, on dit en Inde que c'est le fruit du passé : aucun obstacle venu d'erreurs passées ne vient obstruer ce sentiment élévateur. Ce niyama est cité en dernier, car il est la clef de voûte de l'ensemble : il facilite la pratique desyomo et niyama, leur donne un sens plus profond et surtout protège l'adepte des pièges que comporte toute voie : attachement à la pratique, ego spirituel, recherche des pouvoirs.... Articles extraits du bulletin de liaison de la FEDERATION FRANCAISE DE HATHA-YOGA Tél:01 45 44 02 59 e-mail: info@ff-hatha-yoga.com Site internet: www.ff-hatha-yoga.com |